Des tests

Nous parlerons aujourd’hui des tests de traduction (la plupart du temps non payés) demandés par des prospects afin de juger de notre qualité avant de nous confier une première commande.

Au début, ça me semblait naturel. Peut-être était-ce un réflexe d’étudiante qui a l’habitude d’être notée ? Après tout, il faut bien faire ses preuves d’une façon où d’une autre. J’acceptais donc tous les tests.

Et puis, j’ai lu de plus en plus d’articles qui se positionnaient contre cette pratique, disant qu’en acceptant, on ne se pose pas en professionnel, et que tout travail mérite salaire. Au début, je trouvais cette réaction un peu surprenante, obtuse, même, j’avais du mal à comprendre. Et puis… il y a eu ce test.

Vous le faites bien, vous le soignez aux petits oignons, de plus, le client a l’air vraiment intéressant, vous l’envoyez… Et pas de réponse. De relance en rappel, 4 bons mois se passent avant d’avoir un retour… J’ai commencé à comprendre ce que les collègues voulaient dire par « En travaillant gratuitement, vous n’êtes pas pro, et les gens ne vous traiteront pas comme un pro. »

Ledit retour finit par être positif, mais pas transcendant (sans dire ce qui ne convenait pas, ce qui me laisse penser à une technique de négociation), ce qui mine toujours un peu le moral. Car, oui, parfois (souvent?) le test précède la phase de négociation du tarif. Et là, le tarif imposé était vraiment bas… Tout ça pour ça !! Me sont alors revenus en tête les quelques tests faits par le passé, et pour lesquels je n’avais jamais eu de retour (ni positif, ni négatif), ce qui est la moindre des choses entre professionnels.

Après tout cela, je comprends donc mieux cette thèse du « respecte toi toi-même pour qu’on te respecte ». Est-ce qu’en acceptant un test gratuit, on donne l’impression d’avoir du temps à perdre, d’être prêt à tout et donc d’être « désespéré » de trouver du travail ?

Je commence donc moi aussi à me demander si ces tests valent la peine. J’ai certes décroché mon plus gros client suite à un test au début, mais depuis, j’ai également commencé à travailler avec d’autres clients sans tests avant la première commande (les premières commandes pouvant faire office de base d’évaluation de leur côté, tout simplement !), et ça marche bien aussi. A y réfléchir, il m’est plus souvent arrivé de commencer une collaboration sans test qu’avec, avec mes clients actuels !

Je pense donc que la prochaine fois qu’on me demandera un test gratuit, je négocierai un paiement, quitte à accorder une remise sur le premier texte. Outre le fait de ne pas travailler gratuitement, cela me permettra aussi de ne pas perdre de temps avec ceux qui prennent les tests à la légère sans compter nous recontacter, ou avec les clients dont « les budgets sont serrés » et de parler tarifs beaucoup plus tôt. Tout le monde y gagnera du temps.

Edit : merci à Lily qui me rappelle que j’ai oublié d’évoquer les « faux tests », ces arnaques visant à obtenir des traductions gratuites et non pas à évaluer un partenaire. Dans ce cas spécifique, la longueur importante du test, entre autres, peut nous mettre la puce à l’oreille. Plus sur les arnaques ici.

« Permettre » : la guerre est déclarée !

Et si nous améliorions notre style ? Je vois passer de plus en plus de posts ou de commentaires de traducteurs ou rédacteurs faisant la chasse à ce permettre. Depuis, j’y prête davantage attention et c’est un fait : nous sommes envahis, permettre est partout, dans un moment d’égarement, je l’avais même utilisé trois fois en deux phrases…

Le pire… c’est que la plupart du temps, il ne sert à rien, à part à rallonger les phrases. Quand on sait que le français est déjà 20 % plus long que l’anglais, ça peut être intéressant de sabrer un peu. La suppression de quelques permettre constitue ici un bon point de départ.

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Quelques pistes pour moins utiliser permettre, au gré de mes traductions :

  • Cela a permis d’aider = cela a aidé (permis est ici superflu)
  • Cette mesure a permis de renforcer = cette mesure a contribué à renforcer (contribuer peut-être une bonne astuce quand on a déjà trop utilisé permettre, mais qu’on n’arrive pas à le supprimer)

Je suis moi-même encore en train de corriger ce défaut, il m’arrive souvent de commencer par dicter permettre, puis de m’entendre et faire machine arrière. Je me demande combien de temps il faut pour intégrer ce type de réflexe (ça me rappelle l’époque où j’ai dû faire un gros effort pour arrêter d’utiliser le conditionnel à la place du futur (pourrai/pourrais))… Dans ces circonstances, Dragon s’avère très intéressant car on entend ce que l’on est en train d’écrire. En ayant le son et l’image, j’ai l’impression qu’on percute plus vite et qu’il est plus facile de corriger ses défauts.

Edit : pour approfondir la question, voir cet article.

Le sentiment ambivalent des relances

Une première dans ma jeune carrière d’indépendante : j’ai dû envoyer une relance pour factures impayées. Ma propre réaction face à cette décision, si elle ne m’étonne pas de ma part, m’a parue très irrationnelle et m’a fait réfléchir.

Ca a beau être paradoxal, j’ai beau en avoir conscience, je me suis sentie très mal à l’aise, avec même une grosse montée de stress. Alors que cet argent, je l’ai mérité ! Il m’a fallu beaucoup de temps pour prendre cette décision (certaines factures avaient 6 mois de retard), et pas seulement parce que j’avais peur de perdre ce client (l’enjeu était ici minime). Ce client n’avait jamais brillé par ses délais de paiement courts et s’est donc placé lui-même en position délicate, illégale, même. Et pourtant, il m’a répondu avec une arrogance incroyable, et par ricochet, c’était moi qui stressais, culpabilisant presque.

Du coup, je me suis vraiment demandé à quoi ma réaction était due, et si elle est répandue, ou si c’est juste moi qui traine encore une éducation stricte où « il ne faut jamais réclamer sinon tu n’auras rien de toute façon ! » ?

Heureusement pour moi, le mur d’arrogance auquel je me suis heurtée (mails sans réponse, aucune excuse, refus de payer les intérêts, réaction comme si tout était parfaitement normal, limite, c’est sans doute de ma faute à moi…) m’a aidée à changer de comportement et à devenir beaucoup plus ferme et beaucoup moins stressée. Après tout, je n’avais plus rien à perdre. Et c’est en arrêtant d’être polie que j’ai eu gain de cause.

Pour le côté positif, je me suis beaucoup amusée à utiliser l’expression « facture en souffrance », qui m’amuse beaucoup : je m’imagine toujours une facture en train de saigner, de souffrir, la pauvre, faites quelque chose, appelez le SAMU…

J’ai besoin de vos disponibilités sur 4 mois…

L’été approche, entrainant dans son sillage des e-mails des agences qui, vous l’aurez compris, veulent connaitre notre planning estival. Il va de soi que je parle ici des demandes générales, pour d’hypothétiques et éventuelles demandes (qui ne tombent pas forcément), et pas de demandes de disponibilités pour des projets concrets et validés.

Ces e-mails ont le don de m’agacer, et voici pourquoi.

Je n’ai jamais été une star de l’organisation des mois à l’avance. J’ai connu ma famille de jeune fille au pair moins d’un mois avant de partir, trouvé mon appart en Erasmus la semaine précédant mon départ, et les rares fois où j’organise des vacances, je m’y prends souvent au dernier moment. Je suis comme ça, réserver ses vacances 8 mois à l’avance pour aller au ski/ en bord de mer (même si je comprends bien l’intérêt), ça me dépasse complètement. Et pour l’instant, ça me convient très bien comme ça. Je passe mes journées à anticiper, organiser, planifier, on n’y coupe pas… Et pour moi, les vacances, ça doit être différent, sinon, ça me rappelle trop le boulot.

Je ne suis pas salariée, et s’il y a bien un intérêt à ce statut, c’est la souplesse que ça apporte. Je suppose que les chefs de projet des agences, salariés, doivent décider de leurs vacances de l’année en janvier (la première fois que j’ai vu mon conjoint faire ça, je vous laisse imaginer l’angoisse !) ou en tout cas à l’avance, mais ils ne peuvent sérieusement penser que ceux qui ne sont pas obligés de le faire, le font !

J’ai aussi tendance à planifier mes vacances à court terme en fonction de mon niveau de fatigue. C’est simple, des fois on le sent : j’ai trop travaillé ces derniers temps, si je ne m’arrête pas rapidement, je vais faire des erreurs… Et si je me prenais quelques jours pour souffler ?

Autre raison pour laquelle cette question me parait un peu absurde, c’est… que je n’ai pas de boule de cristal. Admettons que je réponde à ce genre de mail « Absolument, je suis disponible tout le mois de juillet, et je pars la semaine X en août en congés ». Ca ne veut absolument pas dire que je serai effectivement disponible en juillet. Un autre client peut très bien me confier un très gros dossier me prenant tout le mois.  Ou alors, comme l’an dernier, me retrouver à déménager en catastrophe en plein mois de juillet. Ca les aurait donc bien avancés de savoir début mai que j’allais être disponible en juillet, pour le coup !

De plus, en répondant (autrement que par « je ne sais pas, on verra bien »), j’aurais l’impression de m’engager et d’être coincée. Être indépendant, c’est aussi avoir le luxe de changer d’avis sur son planning.

Et vous, quels sont les « réflexes de salariés » qui vous agacent ?

Avez-vous déjà vu… un traducteur qui déballe ses cadeaux ?

C’est le moment de la minute « dans la tête du traducteur », la rubrique parfaitement inutile, donc forcément indispensable…

Il n’y a pas très longtemps, j’ai fêté mon anniversaire (on va dire que je ne vieillis pas mais que je m’améliore, comme le bon vin). Rien de bien original, mais je me suis quand même amusée toute seule face à ma propre réaction lorsque j’ai ouvert mes cadeaux.

Cadeaux

C’est connu, une traduction qu’on remarque, c’est une mauvaise traduction, et par conséquent, on ne remarque généralement que les mauvaises traductions. C’est ingrat, c’est comme ça. Mais là, lorsque j’ai commencé à feuilleter le manuel d’instructions de mon cadeau (c’était le genre de cadeau où on a vraiment besoin de savoir comment ça marche,  ne croyez pas que je fais ça à chaque fois), j’ai passé un bon quart d’heure à m’extasier sur la qualité du travail : des instructions claires, très bien traduites, la terminologie me semblait vraiment précise… un véritable bonheur ! Un cadeau dans le cadeau, en somme…

Est-ce que je suis folle ? Comme il paraît que je râle tout le temps, je me suis dit que pour une fois, j’allais faire l’inverse. Je vous l’ai dit, je me bonifie !

Le langage juridique, c’est tellement fun

Aujourd’hui, j’avais envie de partager avec vous une petite perle trouvée sur Twitter. En effet, le langage juridique a pour réputation d’être compliqué, abscons et ennuyeux. Sauf que parfois, ça devient vraiment très drôle.

Petit contexte : il y a quelques semaines, Sausage Party, un dessin animé, a suscité la controverse car jugé trop explicite, et des associations d’extrême droite (pour rester polie) ont tenté de faire interdire le film aux -16 ans (c’est fou, il n’y a qu’en France que ça arrive). Là où ça commence à être drôle, c’est quand le tribunal administratif a rendu son verdict. En voici un extrait que je ne peux pas m’empêcher de partager avec vous, car lorsque je suis tombé dessus, ça m’a fait la journée :

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Ces associations prônant la censure ont au moins eu le mérite de nous payer une belle tranche de rigolade, et par les temps qui courent, tout fou rire est bon à prendre 🙂

Je vous laisse sur ces belles paroles, je me lance en quête du client qui me donnera la possibilité de traduire des textes de ce genre 🙂

Ma comptable est une warrior…

Elle a appelé deux agences URSSAF dans la même matinée !!! Je crois qu’elle mérite une prime de pénibilité.

C’est sûrement le plus gros avantage  au changement de statut, je n’ai plus à les appeler moi-même, rien qu’à l’idée que j’allais peut-être devoir le faire l’autre soir, j’ai senti monter une crise d’énervement épidermique.

Car même si le statut est différent,  l’URSSAF reste fidèle à elle-même ! Je dois encore payer des cotisations, et hormis le fait qu’ils me reprochent de ne pas avoir payé mes cotisations alors qu’ils ne m’ont pas réclamé l’argent, il faut aussi qu’ils fassent mon changement de caisse, puisque j’ai eu l’outrecuidance de déménager cet été. Il faut dire que je ne leur facilite pas la tâche.

Avant que les coups de téléphone soient passés, j’ai dit, avec une nette mauvaise foi, que la comptable n’avait pas à s’inquiéter puisque je n’avais déménagé que depuis quatre mois, et qu’on pourrait s’inquiéter du non-changement d’adresse d’ici une vingtaine de mois…

Et voilà que la comptable, suite à son marathon téléphonique, me dit que, je cite « Apparemment le changement peut prendre du temps, d’ici 2017 ou 2018 » je ne sais pas vous, mais quand j’ai lu ça, j’ai eu un de ces fous rires… Seule évolution par rapport au statut de l’auto entrepreneur, ils ne font même plus semblant au niveau des délais ! Comme ça, on n’est pas déçu.

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Je me vois bien dire à mes clients : oui, je m’occupe de votre texte de deux pages, vous l’aurez d’ici septembre ou octobre…